Groupe Mialet

Outreau - Réflexions intimes d'un citoyen libre
 
   

Honte, dégo?t, tristesse, indignation, il n’y a pas de mots assez durs pour exprimer ses sentiments face à cette tragique mascarade judiciaire qu’est l’affaire d’Outreau. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi le Législateur n’a pas su se prémunir contre un tel désastre alors que des signes avant-coureurs auraient d? l’alerter ? Certes l’Etat a indemnisé les premiers « innocentés » et le fera sans doute pour les autres. Mais rien n’effacera de leur mémoire les épreuves qu’ils ont subies. Ceux qui sont la cause de leurs souffrances, le juge Burgaud, les magistrats qui ont avalisé son instruction, le Président de la Cour d’Assises de St Omer, devraient publiquement et personnellement demander pardon à tous ces innocents à qui nous devons un immense respect.

Mais le comble de l’indignation ont été les propos tenus par l’Expert judiciaire Mr Jean-Luc Viaux, devant les caméras de la Télévision à l’issue de l’audience de la Cour d’Assise : « La France s’honorerait de mieux payer ses experts. 15 € de l’heure : c’est le prix d’une femme de ménage. On a donc des expertises de femme de ménage « D’abord, il n’était pas obligé d’accepter cette expertise, sachant les honoraires qu'il en recevrait. Ensuite, puisqu’il avait accepté, il était de son devoir de faire cette expertise « en son âme et conscience ». Enfin, quand on est un homme digne de ce nom, on assume ses responsabilités et surtout ses échecs en ne les rejetant pas sur les autres : la France (quelle prétention) ou les femmes de ménage (quel mépris stupide) !

Mais à sa décharge, il est juste de rappeler qu’il n’est ni juge, ni enquêteur et, par conséquent, que ce n’est pas lui qui a renvoyé tous ces innocents, d’abord en prison puis en Cour d’Assise. A la télévision, Monsieur Bensoussan a déclaré que les « experts ne devraient pas se substituer aux juges », en d’autres termes que les Juges ne devraient pas laisser leur place aux experts qu’ils ont nommés. C’est tout le problème de l’expertise judiciaire actuelle. Dans l’Ouest, en matière maritime, les Juges d’Instruction se reposent exclusivement sur les experts judiciaires qu’ils ont nommés. A titre d’exemple, à Brest, dans les affaires de pollution, le Tribunal Correctionnel se base exclusivement sur les photos aériennes, transmises par Internet au Procureur de la République qui les retransmet par internet à un douanier , en résidence à Nantes, soi-disant expert en photos, qui décide souverainement de la qualité de la pollution constatée et des produits quelle est censée contenir. Et les conclusions de ce monsieur sont acceptées, sans barguigner, par le Tribunal et le Capitaine du navire systématiquement condamné.

Mais, comme l’a déclaré Monsieur Georges Fennec, député de la Loire et ancien juge d’instruction, lors d’une émission de Mireille Dumas : » il faudra bien un jour s’occuper des experts et des médias » Pour ces deniers, les propos tenus par des journalistes lors de l’émission quotidienne de Pascale Clarke à RTL le Jeudi 17 Novembre sont, à la limite, scandaleux ; ils excusent les jurés, les experts, etc.? l’un d’eux concluant : » C’est une simple erreur judiciaire » !

Le 20 novembre 2005

Jean P LE COZ