Groupe Mialet

YSA DEDEAU, LES MOTS DU PALAIS
 
   

T.G.I de TOULON

Audiences correctionnelles du 08/03/2007

Je reviens pour la deuxième fois au palais, pas plus à l'aise, dès le matin cette fois, pour essayer de suivre une audience jusqu'au verdict. Cette fois au moins, je ne repartirais pas sans le nom du président : Patrick Ardid. J'ai rencontré un avocat de connaissance, il m'a donné quelques tuyaux. Ce n'est pas qu'il n'y a pas de micros, mais ils ne sont jamais allumés.

Ce matin donc, deux frères comparaissent pour avoir tabassé et mis à terre un fonctionnaire de la BAC, qui a perdu connaissance, dans la cité Berthe à la Seyne sur mer. Les deux frères contestent la version des faits, et répondent posément aux interrogations du Président. Un des deux, au cours des ses explications, s'exprime à la forme interrogative, ce qui provoque immédiatement un solide recadrage.

Un des deux accusés précise que la voiture de la BAC lui a roulé dessus, qu'il était blessé, que ce n'est pas eux qui se sont acharnés sur le policier à terre, qu'il y avait un attroupement... Une cinquantaine de personne selon les témoins, deux-cent selon la police.

Le président lit plusieurs témoignages d'habitants de la cité qui ont vu un des accusés sous la voiture de la BAC. Chaque fois que le président cite un témoignage à décharge, il égrène la ou les condamnations du témoin. Il cite une Madame X, mais il ne lit pas son témoignage : elle n'avait sans doute pas d'antécédent judiciaire.

La partie civile rappelle que les policiers reconnaissent avoir percuté le scooter où se trouvaient les deux accusés, que les policiers ont obtenu 15 jours et 10 jours d'ITT.

Tentative de la défense : un témoin dit avoir vu la voiture de police accélérer et rouler sur l'accusé.

Le président rappelle qu'on est pas là pour juger autre chose que le policier battu et à terre.

En fait les deux frères sur le scooter étaient poursuivis par les policiers pour un contrôle. Leur tort, et ils l'ont reconnu, a été de ne pas s'arrêter : un des deux était interdit de séjour dans le Var.

La défense insiste sur le fait que la famille et les journalistes voulaient porter plainte contre les policiers, qu'il les en a dissuadé. L'avocat s'étonne que les policiers ne soient pas là, qu'ils ont changé de version entre leurs premières déclarations et celles qu'ils ont fait six mois plus tard : au début un des deux avait été roué de coup par la foule et après il certifiait que c'était les deux frères.

Le président rappelle que l'IGS n'a rien trouvé contre les policiers.

L'avocat de la défense argumente : « quand on met deux conducteurs par terre, on prend des risques. » Il esquisse tout en finesse la dangerosité du métier de policier, ne voulant pas déclencher l'ire du président, sans doute.

Il précise qu'il est possible que ce soit parce que les policiers ont reconnu les accusés, qu'ils ont accéléré : dans une foule attroupée, il est effectivement étrange que ce n'est pas été quelqu'un d'autre qui soit passé sous la voiture.

Il cite un témoin qui a déclaré que la foule a soulevé la voiture de la BAC, sous laquelle se trouvait l'accusé.

Coupables ? Innocents ? Je ne peux que faire des hypothèses.

Ce qui me paraît contradictoire, justement, c'est ce manque de contradictoire, et on ne peut pas ne pas se demander pourquoi les policiers, qui sont les victimes dans cette affaire, ne sont pas présents.

Il est de mise de dire que la vérité sort à l'audience, ici, elle manque. Une confrontation entre les policiers et les accusés risquait peut-être de la faire sortir de son trou ?

Le procureur annonce les peines encourues, par les accusés bien sûr... on n'est pas là pour faire la lumière sur les actes des policiers,- donc : 14 ans d'emprisonnement et il demande 4 ans d'emprisonnement et 5 ans d'interdiction de séjour. Il est 12h30, l'audience est terminée.

J'attends la reprise à 15 heures, mais d'autres audiences défilent, sans que le verdict du matin ne soit annoncé. Le scénario reste à écrire, presque un an après les faits, avec l'absence des « plaignants-victimes » et le fait que l'on n'a pas remis en cause, à chaque instant de l'audience, la parole des « plaignants-accusés ».