Groupe Mialet

Communiqué de presse du 31 juillet 2001
 
   

Une affaire qui se termine pas trop mal...

Ce sont les termes de Marylise Lebranchu qui se réjouit qu’il n’y ait eu que « peu de blessés » lors de la reprise en main au début de l’après-midi de lundi de la prison de Grasse où les détenus s’étaient mutinés le matin. Ils avaient appris à la télévision la veille au soir la mort d’un de leurs camarades. Ce jeune homme, il n’avait pas dix-huit ans, au mitard, avait mis le feu à son matelas et avait inhalé trop de fumées toxiques pour pouvoir être réanimé.
Le Groupe Mialet regrette qu’il y ait eu des blessés.
Mais le Groupe Mialet, qui porte le nom d’un détenu qui s’est donné la mort dans sa cellule, une cellule de VIP pourtant, hurle son horreur de voir que le système judiciaire et pénitentiaire accule des hommes à se tuer pour échapper à l’insupportable situation qu’on leur fait subir.

Quelle analyse peut-on faire de ces événements ?

Premièrement il faut constater que, malgré la loi, le quartier des jeunes comptait 34 détenus pour 20 places. Combien de fois faudra-t-il répéter que la surpopulation est à l’origine du dysfonctionnement de nos établissements pénitentiaires ? Pourquoi le respect des lois ne s’impose-t-il pas à ceux-là mêmes qui représentent l’autorité, qui ont la mission de punir ceux qui la violent ?
Ici ce sont les juges qui sont responsables pas l’Administration Pénitentiaires. Il y a trop de personnes en détention provisoire, trop de détenus, pas suffisamment de peines alternatives. On est trop facilement en prison, en particulier les jeunes alors qu’on pourrait les mettre au travail : on reconstruit aujourd’hui avec de jeunes détenus l’abbaye de Beauport dans les Côtes d’Armor.
A propos quel est le juge qui a fait incarcérer ce jeune homme ? Ne mériterait-il pas autant de médiatisation que celui qui a envoyé Jean-Christophe Mitterrand à la Santé ?

Ensuite il faut rappeler que dans notre pays les normes de sécurité s’appliquant aux établissements recevant du public sont extrêmement sévères en particulier dans le choix des matériaux qui ne doivent pas dégager de fumées toxiques en cas d’incendie. Ces normes ne s’appliquent visiblement pas dans nos prisons : la mort d’un détenu est sans doute de peu d’importance?

Enfin il faut souligner à quel point l’impossibilité des détenus de s’exprimer autrement que par la violence, violence contre eux-mêmes, violence contre les autres, les conduisent inéluctablement lorsque leur désespoir est trop grand à des extrémités dramatiques : une mort, une émeute?

Nous, qui avons été en prison, nous savons tout cela pour l’avoir vécu. Nous avons aussi quelques idées sur de possibles remèdes.

Nous ne croyons pas que les problèmes les plus graves trouveront leurs solutions dans un accroissement des budgets, dans des améliorations des conditions matérielles de vie, dans la peinture des locaux : la prison de Grasse est récente. Le Groupe Mialet pense que la voie passe par la reconnaissance du droit des détenus à s’exprimer, s’organiser, se faire représenter? Ce serait également une voie pour les aider à se socialiser.

Pourquoi les princes qui ne gouvernent pas refusent-il tout dialogue avec les « usagers » du système, ceux qui sont dehors comme les membres du groupe Mialet, ceux qui sont encore dedans qui n’ont pas été consultés lors de la préparation de la loi pénitentiaire ?