Trois petits tours? et puis arrive la nouvelle loi pénitentiaire?
Les premières réactions sont unanimement, vigoureusement et férocement hostiles. L’UFAP annonce « le démantèlement de l’institution », FO-Pénitentiaire « que la chienlit rentre par la grande porte », la CGT-Pénitentaire que « rien n’est fait pour développer les alternatives à l’incarcération » et l’OIP dénonce le risque du « tout sécuritaire ». A vouloir aller vite, privilégier l’effet d’annonce à la réflexion, surtout ne pas interroger les « usagers » de ce système qu’on ne comprend pas tant qu’on ne l’a pas subi, comme le reconnaissent les gardiens devenus prisonniers que nous avons côtoyés, on s’expose à ce type de déboires.
Saluons pourtant le rappel de quelques principes : «la privation de liberté ne doit être prononcée qu’en dernier recours », « le détenu n’est privé que de sa liberté d’aller et de venir », « le respect de l’intégrité physique et de la dignité de la personne du détenu » et surtout la réaffirmation que la prison a un rôle de réinsertion que lui donnait - redonnait - déjà la loi de 1987. On ne peut que s’en réjouir tout en trouvant bien triste et bien inquiétant et bien significatif qu’un tel rappel ait été nécessaire en l’an 2001 dans le pays qui se dit « des droits de l’homme »?
Ensuite on trouve un catalogue de mesures dont quelques-unes sont frappées au coin du bon sens. Les détenus pourront téléphoner presque librement, effectivement que peut-on dire au téléphone qu’on ne pouvait dire au parloir ? Le courrier ne sera plus systématiquement lu, que peut-on écrire qu’on ne pouvait dire au parloir ? Le droit au parloir « intime » est reconnu, c’est mieux que de compter sur la complaisance des surveillants, toujours aléatoire? Le nombre maximum de jours de mitard est réduit de 45 à 20? etc...
Mais rien n’est dit du problème que posent les longues peines. De plus le système pénitentiaire ne se limite pas au monde fermé de la prison qui témoigne clairement de ses objectifs en employant pour 100 prisonniers 43 surveillants ? il n’y en avait que 38 quand le Groupe Mialet s’est créé il y a trois ans? et 1 éducateur. Rien n’est dit de l’encadrement des peines alternatives effectuées en milieu ouvert ou à l’heure actuelle 1 éducateur gère 100 dossiers?
Tout cela manque d’un temps de réflexion.
Faute d’avoir réfléchi au sens de la peine, faute d’avoir défini le rôle dévolu à la prison parmi toutes les peines alternatives existantes ou restant à imaginer, faute d’avoir dit pourquoi les prisons doivent enfermer en permanence 20.000 « présumés-innocents » dans les mêmes conditions que 30.000 « coupables-condamnés », faute d’avoir pris conscience des conséquences « collatérales » de l’incarcération sur la vie sociale, professionnelle et familiale, les promoteurs de cette réforme ne lui ont pas donné de sens. Il ne faut donc pas qu’ils s’étonnent que chaque acteur du système pénitentiaire s’inquiète de ce qu’il croit avoir à perdre au travers de ce nouveau texte.
Que n’a-t-on écouté les personnes concernées ! Il y a bien eu enquête auprès de surveillants et c’est tant mieux : elle a révélé leur profond désir de voir leur métier évoluer et s’enrichir. Mais personne ne s’est soucié d’interroger les vrais « usagers » de la prison, les détenus ou les anciens détenus. Après tout c’est pour eux que la prison existe ! Leur point de vue est irremplaçable. Qu’on ait préféré écouter des personnes qui n’ont jamais fait caca en public, des magistrats qui auraient mieux fait de venir passer huit jours dans une cellule avant de s’autoriser à requérir « deux ou trois » ans de prison comme si c’était la même chose, témoigne de l’intellectualisme habituel de notre haute administration que nos responsables politiques ont bien tort d’écouter. Si nos ministres avaient été chefs d’entreprises, ils sauraient d’expérience qu’on ne fait bouger les choses qu’en mobilisant les hommes, qu’on ne mobilise les hommes qu’en leur proposant des projets porteurs de sens.
Par ailleurs on ne peut plus raisonner sur un sujet pareil sans évoquer l’Europe : nos partenaires ont-ils trouvé ou expérimenté des solutions ? Comment peut évoluer la profession de surveillant en Europe ? Avoir une politique de réinsertion européenne, puisqu’il y a libre circulation ?
Notre système rétrograde, arbitraire, inhumain, jugé le plus souvent contraire au droit européen, qui indispose tous les vrais acteurs, personnel de surveillance, éducateurs, visiteurs de prison, bénévoles et « usagers », mérite un autre traitement que celui que voudrait lui réserver le gouvernement.
Il n’est peut-être pas trop tard pour donner à la loi pénitentiaire, avant son inscription à une prochaine session du parlement, à la fois, la dimension qu’elle mérite et du sens de nature à y faire adhérer tous les protagonistes.
AU TRAVAIL
Le 24 juillet 2001