Avant toute chose, il faut rappeler que l'enfermement est une violence et tout le monde en convient détenus comme surveillants.
La perte de la liberté, celle d'aller et venir, la perte de la proximité physique des proches...sont autant de facteurs qui prédisposent à la violence physique.
Qu’elle vienne des dépositaires de la loi ou des personnes placées sous « mains de Justice », la violence n’est jamais tolérable, et montre si besoin en était que la situation psycho- sociologique de chaque personne emprisonnée doit être examinée avec soin.
La société ne peut se reconnaître dans sa Justice que lorsque la sanction est assortie de la possibilité d’un retour au sein du cercle social.
Les détenus souffrent de l’atrophie de l'échange verbal au point que dans un certain nombre de cas, la violence permet ponctuellement le moyen de la reconnaissance.
Le système carcéral induit également une autre violence qui s'inscrit dans le rapport de force permanent.
La violence en prison apparaît alors à bien des égards comme une ressource de pouvoir qui livre les plus faibles à la discrétion de ceux qui les menacent.
Les relations qui se nouent au sein d'un établissement pénitentiaire ne relèvent pas du lien civil.
Au-delà de l'enfermement et du sens de la peine, le système carcéral crée des occurrences de violence dont il parait difficile de maîtriser la production tant que les missions d’éducation et de réinsertion ne seront pas devenues les priorités après la sanction.
Le suicide en prison
La prison est un lieu anxiogène et criminogène, et si ses rôles d’exécution de peines prononcées et de surveillance entrent dans les missions qui lui sont assignées, ces rôles sous -entendent aussi la protection des personnes et par extension la prévention des suicides.
La société veut bien punir mais ne veut pas tuer.
Le suicide en prison est un sujet qui nous consterne depuis plus de vingt ans. Chaque article sur la psychiatrie en prison aborde ce sujet
Le suicide en prison n'est pas « l'aboutissement d'une dépression mûrie de longue date au fond d'une cellule», mais un geste soudain, dans des moments particulièrement difficiles.
Les premiers temps de l'incarcération ainsi que la proximité d’événements déterminants comme une reconstitution ou l’approche d’une comparution sont particulièrement douloureux et les conduites suicidaires en prison simulées ou non ne sont jamais des comportements anodins
Certains jours y sont particulièrement propices. Le samedi, la nuit du samedi au dimanche.
Si les « suicidaires » sont nettement plus nombreux parmi les prévenus, aucune des catégories de personnes incarcérées n’est à l’abri d’une tentative de suicide.
Surpopulation, promiscuité, inactivité, violences latentes sont entre autres phénomènes des facteurs déclenchants de la décision suicidaire.
le suicide en prison révèle les failles d’une société qui n’a pas tiré les leçons des conséquences de l’isolement et de l’individualisme.
La détention provisoire ainsi que l’exécution d’une peine en milieu carcéral doivent nécessairement s’accompagner des mesures d’éducation, de réinsertion et de protection au risque que le sens de la peine en perde tout son sens.
Le 7 septembre 2006
GERARD PHILIPPART