Certains vont dire : encore un livre de détenu, encore un livre sur les prisons? Celui-ci se distingue pourtant des autres à plus d’un titre, tant par sa forme que par son contenu. Sur le premier point, il est incontestable que Laurent Jacqua est un véritable écrivain ayant un talent réel de conteur et un style bien à lui dont la force et parfois l’âpreté correspondent à son propos avec un rare bonheur. Sur le second, soulignons d’emblée que ce n’est en rien un plaidoyer justificatif : l’auteur assume totalement ses actes, même s’il considère que la justice a été souvent d’une excessive sévérité à son égard. A travers le récit de sa vie, on voit comment un adolescent, se retrouvant derrière les barreaux par le hasard d’une provocation, est pris au piège de la délinquance, au fil des années et des condamnations toujours plus inéluctables. Son livre est également un témoignage précieux sur cet univers à part qu’est le monde carcéral, cette « France du sous-sol » (comme l’a qualifiée José Bové après en avoir fait l’expérience), plus faite pour briser les êtres humains que pour les réinsérer dans la société. Lui-même a bien failli y laisser la raison, sinon la vie?
A l’heure où le tout sécuritaire, la répression systématique au détriment de la prévention sont brandis par nos gouvernants comme seules solutions à l’ensemble des problèmes sociaux, la Guillotne carcérale est un indispensable rappel, face à la démagogie ambiante fondée sur la peur, de quelques valeurs fondamentales. C’est ce que Maître Henri Leclerc a tenu à souligner dans sa préface, en sa qualité d’exemplaire défenseur des droits de l’homme, y compris de tout être humain, fut-il en prison coupable et condamné, de s’exprimer.
Rappelons que Laurent Jacqua, en prison depuis 1984 alors qu’il est atteint du sida depuis cette date, n’aura effectué la totalité de sa peine qu’en 2021. S’il survit jusque à ?