L’ARRESTATION
Alain Marécaux : " Lors de la perquisition, franchement, si je n’avais pas su que c’était la police, j’aurais cru à des voyous. Ils ont tout mis sens dessus dessous, ils ont arraché ma fille de mes bras, où elle s’était réfugiée, et quand j’ai voulu m’approcher de mon épouse, qui faisait une crise de larmes, un flic m’a dit ? Ta gueule, où je t’allonge par terre ! "
LA GARDE A VUE
Karine Duchochois : « Ma garde à vue a commencé par deux gifles, que j’ai reçues d’un inspecteur qui voulait que j’enlève mes baskets. »
Odile Marécaux: « à l’époque de mon arrestation, j’étais sous Tranxène. J’ai vite été en manque, mais on n’a pas voulu m’aider, ni me donner de chaise, alors, je me suis assise par terre. Un inspecteur m’a dit: ? Vous avez raison de vous asseoir par terre; et encore, par terre, ce n’est pas assez bas pour vous, vous n’êtes qu’une pédophile ? »
Alain Marécaux : « On m’a d’abord injurié ? je ne vous répète pas les noms d’oiseaux ? et attaché par terre. Puis on m’a proposé un deal: ? Si tu avoues, on libère ta femme et tes enfants.? Là, j’ai failli craquer? Et puis, ils sont passés à la méthode douce : ? Allez, avoue, ça te fera du bien ?»?
Daniel Legrand (fils) : « Dans la geôle, j’ai vu arriver un flic, j’ai cru qu’il venait me parler. Mais il a juste ouvert la porte et il m’a mis une gifle. Je ne pourrai jamais l’oublier, ça. Je vois encore sa tête. »
Roselyne Godard : « J’ai séjourné dans une geôle indigne de l’humanité, pleine d’excréments et de sang sur les murs. »
L’INSTRUCTION
Pierre Martel: «Trois jours après notre arrestation, Thierry Delay a envoyé une lettre au juge pour lui dire que sa femme était folle, qu’elle accusait n’importe qui. Le juge ne l’a même pas fait venir?»
Thierry Dausque : « Quand j’ai été extrait de ma cellule pour être présenté au juge, je n’avais jamais vu d’avocat. J’ai même participé à une confrontation sans avocat ! »
Daniel Legrand : « Devant la chambre de l’instruction, un jour que c’était une dame qui présidait, j’ai fini par leur dire: ? Je ne vais tout de même pas me retrouver devant les assises avec toutes ces personnes que je ne connais pas ! ? Elle m’a répondu : ? Eh bien, vous ferez connaissance là-bas, Monsieur ! ? »
Dominique Wiel : « à quoi sert un avocat? Personne ne peut s’opposer au juge d’instruction. Il a les pleins pouvoirs. Ce n’est pas démocratique, c’est un pouvoir monarchique. Il jette quelqu’un en prison et personne ne peut s’y opposer. Alors, si on tombe sur un fou... »
Alain Marécaux : « L’image que j’ai de la chambre de l’instruction, c’est une chambre des évêques. On ne voulait pas y remettre en cause le travail d’un magistrat. Il ne fallait pourtant pas être fin juriste pour s’apercevoir que le travail du juge Burgaud ne tenait sur rien. Il fallait juste un peu de bon sens. »
Roselyne Godard : « Devant la chambre de l’instruction, j’ai toujours eu l’impression de ne pas être écoutée. Sauf pour ma mise en liberté. Mais cette fois-là, ce n’étaient pas les mêmes magistrats. C’étaient des magistrats de remplacement, pour l’été. Ceux-là m’ont posé des questions, se sont intéressés à l’affaire. Et je suis sortie comme cela. J’ai eu de la chance, en fait. »
LE JUGE BURGAUD
Karine Duchochois : « Il m’a convoquée pour une enquête de personnalité alors que j’étais enceinte de huit mois, avec des contractions. Un certificat médical n’y a rien fait: il m’a fait traverser la France en train dans cet état. Pour une vérification de personnalité? »
Alain Marécaux : « Je me souviens de ce juge arrogant, à qui on ne pouvait rien demander? Le 10janvier 2002, alors que j’attendais de voir le juge, on est venu m’annoncer la mort de ma mère. Elle s’était laissée mourir, à cause de cette affaire. Croyez-vous qu’il m’aurait proposé de remettre à un autre jour l’interrogatoire de personnalité ? Qu’il aurait seulement eu une parole humaine ? Certainement pas ! Il est allé, dans l’interrogatoire, jusqu’à me demander: ? Que fait votre mère ? ? En larmes, je lui ai dit: ? Mais, Monsieur, elle est morte. ? Il m’a répondu: ? Oui, ça, je sais. Mais que faisait-elle avant ? ? »
Pierre Martel : « Avec les policiers de la PJ, je n’ai pas eu de problème. Mais dès qu’on arrivait devant le juge Burgaud, j’avais l’impression d’arriver devant le bon Dieu. C’était pas le garde-à-vous, mais presque. »
Karine Duchochois : « Et j’ajoute qu’il faisait preuve d’énormément de mépris. »
LA PRISON
Daniel Legrand (père) : « J’ai été brulé à l’eau de javel sous les douches, alors ensuite, je suis resté vingt-quatre mois sans sortir de ma cellule. »
Daniel Legrand (fils) : « Les insultes fusaient tellement, derrière la porte de ma cellule, que ça me faisait reculer jusqu’au mur. J’osais plus bouger. Et ils crachaient sur moi à travers l’oeilleton. »
David Brunet : « Un gardien m’a pointé du doigt, au milieu de l’atelier, devant tout le monde, et il a crié: ? Vous voyez, celui-là, il a pointé dix-sept enfants, plus le sien ! ? A partir de ce moment-là, ça a été l’enfer. Je me suis fait insulter, menacer, chaque jour, on crachait dans mon repas. »
L’IMAGE
Christian Godard : « Quand j’allais signer la feuille de contrôle judiciaire, au commissariat de Boulogne, le matin, le chef de poste disait bien haut: ? Laissez passer M. Godard, il vient signer pour l’affaire d’Outreau ! ? Eh bien, essayez de ressortir dans la rue, après ça ! C’est pire que s’il m’avait traité de pédophile? »
Lydia Mourmand : « Quand je sortais, on disait: ? Tiens, voilà la soeur du pédophile ! ? »
Devant la Commission parlementaire