Si je reviens sur mon affaire, c’est pour vous faire part, alors que d’éminentes personnalités se penchent sur la question, de mes réflexions sur la Justice, et sa réforme actuellement en cours.
Je pense qu’elles peuvent vous intéresser étant d’ordre sociologique et psychologique, et qu’elles sont rappelées de façon parfaitement pertinente par le docteur Jacky Mamou, président de Médecins du Monde dans le Figaro du lundi 4 mai 1998.
Rappelons les faits :
dans la soirée du 25 décembre 1987, alors que j’allais prendre mon courrier à Roissy, un chauffard ivre me rentre dedans par derrière à un ralentissement, tuant mon petit neveu qui était à ma droite et me laissant dans le coma sur l’autoroute.
Après les habituels démêlés avec le Conseil Médical de l’Aéronautique Civile, je suis déclaré inapte définitif en 1996.
La Cour d’Appel de Versailles (juge Wellers), ignorant superbement cette décision exonère totalement la Compagnie d’Assurances du responsable de l’accident et exige que je rembourse les provisions qui m’ont été versées en première instance.
Bien sûr, je suis vivant, mais savez-vous que « les victimes intériorisent la responsabilité de la violence qu’elles ont subie ? Pire encore, j’ai parfois le sentiment de culpabilité d’être encore vivant.
Or, sans justice, la guérison est impossible, car la victime attend aussi une réparation symbolique.
Il revient donc à la justice de dire le crime commis et l’obligation de la réparation.
Que l’un de ces éléments fasse défaut, et la victime s’enferme dans la dépression et cherchera alors dans la vengeance à obtenir réparation. On l’a vu en Bosnie et au Rwanda où les victimes sont devenues bourreaux, s’enfermant dans un cycle infernal.
Lutter contre l’injustice et l’impunité constitue donc la clef de voûte de toute thérapeutique pour soulager ceux qui ont survécu.
Cela implique que justice soit dite, que justice soit rendue, que justice soit faite.
Seul ce processus judiciaire sans faille permettra d’accorder réparation fut elle symbolique, aux plaignants.
On le voit, par cet exemple vécu, que notre pays par la multitude des dénis de justice et des corruptions qui s’y attachent, n’est plus le pays de la Déclaration des Droits de l’homme malgré le faste gesticulatoire qu’il compte donner au 50ième anniversaire de cet événement.
Emmanuel FROIDEVAUX.
Coupable mais pas responsable