Groupe Mialet

FRANCOIS et MICHELE ABRY
 
   

Dans une lettre datée du 3 juin 2002, nous avons été invités mon mari et moi à nous présenter au Commissariat Central de Reims le mardi 11 juin 2002 au bureau E207 2ième étage. J’ai immédiatement téléphoné pour indiquer que nous n’étions libres ce jour-là, on nous a donc proposé de venir le lendemain à la même heure. Cette convocation était « dans le but d’y être entendu en qualité de témoin dans le cadre d’une enquête effectuée sur instruction de Monsieur le Procureur de la République de Reims » Au téléphone, la personne de ce service me dit que cela ne prendrait que quelques minutes... Or le 12 juin nous sommes arrivés à 8H4(et sommes ressortis à 16h30 après Sept heures de garde à vue...
Vers 9h15, Monsieur Eric WEBER, officier de police judiciaire est venu chercher mon mari en premier pour « l’entendre ». Après des questions sur son identité, il lui a annoncé la raison de cette convocation : une plainte de nos voisins du rez-de-chaussée, M et Mme BOUVIER. Il lui a dit que cette plainte portait sur les points suivants :
Un pied de parasol, tordu dans la cour, un problème de boîte aux lettres, des appels téléphoniques malveillants sur son portable, un carton disparu dans la cour, un tapis de jeu d’enfant sur la corde à linge dans la cour retrouvé découpé avec un cutter, de l’urine sur le toit de leur véranda, une rayure sur leur voiture Audi, une rayure sur leur voiture précédente, un arbuste abîmé dans la cour (aspergé de white-spirit).
Sans aucunement lui avoir demandé de s’expliquer sur ces points et refusant même tout début d’explication à ce sujet, il lui a alors demandé s’il voulait prévenir sa famille, voir un médecin et s’il voulait voir un avocat, et il l’a placé en garde à vue pour le motif suivant : « dégradation de biens privés et appels téléphonique malveillants ». Mon mari pensait alors que cette garde à vue durerait une vingtaine de minutes (le temps de m’entendre) et c’est la raison pour laquelle il n’a pas demandé d’avocat. Par ailleurs il ne savait même pas où l’officier de police le conduisait dans l’ascenseur.
A mon tour, vers 9h45, un autre officier de police m’a interrogée sur mon identité et m’a fait part brièvement de la plainte de nos voisins, puis m’a également placée en garde à vue. De même aucune explication ne m’a été donnée sur l’endroit où l’on me conduisait.
Je ne raconte pas l’arrivée au sous-sol de mon mari, la mienne me paraissant encore plus choquante : une femme m’a demandé de me déshabiller intégralement, y compris les mi-bas, me disant que j’aurai une couverture dans la cellule (je n’ai pu utiliser celle-ci «étant donné son état de propreté douteuse ».
Nous avons passé environ quatre heures dans des cellules sordides, sans savoir vers quelle heure nous pourrions être auditionnés. Personne pour nous renseigner à ce sujet si ce n’est le policier qui nous menait aux toilettes et qui nous disait que la garde à vue est de 24 h renouvelable à 48.Vers 13 h un sandwich nous a été proposé, ce qui est peu satisfaisant nutritionnellement pour être en forme pour l’audition. Dans l’après-midi, mon mari a d’abord été auditionné : il a nié la totalité des faits qui nous sont reprochés sans aucune preuve, et à la demande de l’officier de police a présenté sommairement l’histoire de notre voisinage récent (11mois). Il a été ensuite reconduit en cellule. Plus tard, photos et empreintes anthropométriques (comme pour les grands criminels) et de nouveau, retour en cellule.
A mon tour, on vient me chercher tout d’abord pour les photos et les empreintes, et l’officier de police Eric WEBER me passe les menottes avant de monter pour l’audition. Dans l’ascenseur, une personne m’a reconnue, me disant : « vous êtes professeur ? » Cette personne me semblant être un parent d’élève.
Lors de cette audition, j’ai également nié la totalité des faits qui nous sont reprochés et j’ai précisé que les relations avec nos voisins s’étaient dégradées lorsque nous leur avions dit qu’ils étaient bruyants (ce qu’ils n’ont pas accepté) et que nous leur avions interdit l’utilisation de notre cour que nous leur prêtions jusqu’alors, interdiction causée par le fait qu’ils nous aient insultés chez nous pendant plus d’une heure, le 4 mars dernier. Cette audition a été brève, et on ne m’a pas demandé de m’expliquer sur les soi disant faits qui nous sont reprochés. Je suis ramenée en cellule (toujours menottée pendant le transfert).
Vers 16 heures l’officier vient nous signifier la fin de notre garde à vue et nous remet notre convocation devant le service de médiation pénale sur »instruction de Monsieur DINTROZ, Procureur de la république ».
Nous récupérons nos affaires en vrac dans un bac en plastique, les contenus de la pochette de mon mari et de mon sac à main ayant été fouillé hors de notre présence, et le prix du sandwich ayant déjà été prélevé dans notre porte-monnaie.
Je tiens à signaler que, malgré le caractère humiliant et dégradant de ces sept heures de garde à vue, nous sommes restés calmes et respectueux envers les policiers. Nous nous réservons cependant le droit de demander réparation pour le préjudice moral causé par une telle garde à vue.
Nous reconnaissons à tout individu (y compris à Monsieur et Madame Bouvier) la liberté d’être mensonger et malveillant vis à vis d’autrui et de déposer plaintes mensongères et calomnieuses, de même que nous reconnaissons à la police le droit d’enregistrer scrupuleusement ces plaintes.
Mais dans le cas présent, nous nous étonnons ? et nous nous scandalisons ? qu’une plainte aussi extravagante, voire délirante, ne soit aucunement vérifiée et qu’elle puisse être la cause ? apparemment le plus normalement du monde ? d’une telle garde à vue.
Aussi en tant que citoyens, en arriverions-nous, hélas, à devoir nous poser la question du caractère véritablement républicain de la « République Française ».

Témoignage