Groupe Mialet

YSA DEDEAU
 
   

C’est à dire. Le corps souillé, c’est à dire.
Cette barbarie de la salissure, c’est à dire.
Cette eau sur le corps qui a manqué, c’est à dire.
Cette soif d’eau sur la peau, éternelle.

C’est à dire ce frottement que l’on inflige, à ce corps, en sortant.
Comme si. Si c’était sa faute à ce corps, cette crasse.
Peau épluchée que l’on voudrait arracher pour lui faire perdre la mémoire.
La mémoire de la salissure noire.
C’est à dire aussi vision qui a baissé de deux dixièmes, les yeux embués,
Poussière de taule qui les recouvre.
C’est à dire ce corps que l’on ne peut plus toucher.
Cette souillure que l’on ne veut pas essaimer sur le corps d’un autre.
Sexe sale et contagieux qui est le mien, dans lequel j’habite.

C’est à dire ce non désir, où l’on ne se refuse même rien, puisque ce corps, ce sexe,
On ne peut plus le donner, on va l’a pris là-bas, et il est resté comme une vieille mue à pourrir derrière les murs, lové au creux de ma paillasse, dans l’étroite suée de
La désespérance, cellule quatre, rez-de-chaussée, à gauche en rentrant.
Peau abandonnée, fossilisée, captive de la cage.
C’est à dire sexe secret que l’on a dénudé, froidement, au long des fouilles quotidiennes.
C’est à dire, ces minutes lourdes où il faut se défaire, où la culotte doit descendre.
C’est à dire, ces regards qui fouillent le pubis, qui ordonnent l’écartement des cuisses.
C’est à dire, cette honte, pleurs et rage retenus.
Cette salive que l’on arrache vite pour ne pas la cracher.
C’est à dire, ce sexe que l’on a ouvert avec quelquefois tant de joie, offrande sacrée,
Que l’on vous prend là-bas.
Sauvage sacrilège, tristesse infinie de la souillure.
C’est à dire la crevure muette dans la couche gluante.

C’était à dire et je n’ai pas su.

YSA DEDEAU
Le 9 septembre 1997

Poème