Groupe Mialet

MONTEMURO
 
   

M. MONTEMURO

En 1994, ma femme Véronique et moi-même avons été incarcérés pendant quatre mois. Le 17 novembre à 6 heures du matin, huit gendarmes se présentent à notre domicile munis d’une commission rogatoire établie par Madame le Juge Subra de Melun (dont j’avais déjà eu la joie de faire la connaissance en mai 1992 puisqu’elle m’avait réussi à m’envoyer en correctionnelle sur le seul motif d’avoir dans mes connaissances une personne accusée d’escroquerie, faits dont j’ai été relaxé en mai 1993). J’ai bien entendu fait les gros titres des faits divers de la gazette locale, avec tout ce que cela entraîne dans un village de 3000 habitants.

Nos 2 filles (âgées à l’époque de 6 et 9 ans) sont réveillées, pleurent ; la maison est fouillée ; les gendarmes nous demandent de prendre nos affaires car il y a peu de chance que nous revenions.
Comment pouvaient-ils le savoir alors que la garde à vue n’était même pas commencée ?

Il est 8 heures ; je suis menotté devant mes enfants et emmené à la gendarmerie sous bonne garde et sous les regards des voisins attentifs ; ma femme est dirigée sur une autre voiture.

Alors que les gendarmes côtoyés depuis 6 heures du matin avaient été d’une correction irréprochable, mon premier contact avec le directeur de l’enquête est explosif. Nous sommes accusés d’être complices d’un trafic international de voitures commis sur une grande échelle puisque 300 véhicules sont en cause, des véhicules volés dont deux auraient servi à des braquages.

« Vous êtes dans la merde dans cette affaire vous partez pour cinq ans, surtout que Madame le Juge attend les MONTEMURO avec impatience ». Le directeur de l’enquête n’avait pas tort en parlant de l’impatience du juge ; c’est d’ailleurs la seule chose de vraie dans cette enquête.

Après 40 heures de garde à vue dont 32 heures d’interrogatoires, l’affaire tourne en rond : nous revenons sans cesse sur la vente de nos deux véhicules personnels et sur l’achat d’un véhicule pour le parrain de notre fille, puis sur nos relations avec Monsieur Mota, négociant en véhicules. Notre compte en banque ne révèle aucun mouvement de fonds suspect ; la comptabilité de la société gérée par ma femme est irréprochable.. Les dépositions de ma femme et la mienne concordent logiquement puisque nous sommes de bonne foi. Le principal protagoniste de l’affaire fait une déclaration nous innocentant ; ses complices sont relâchés.
C’est la fin de l’enquête ; je peux enfin voir ma femme. Au moment de signer nos dépositions respectives, le gendarme demande au directeur de l’enquête s’il peut remettre ma femme Véronique en liberté, le dossier étant vide. La réponse me donne encore aujourd’hui des frissons : « Non le juge veut les enfermer tous les deux ; d’ailleurs nous partons avec deux voitures car elle va à FLEURY et lui à MELUN ».
Le monde s’écroule autour de moi car il me paraît invraisemblable que n’ayant rien à nous reprocher, on parle de prison depuis le début de notre arrestation.
Nous sommes présentés à Madame le Juge ; ma femme passe en premier ; elle en ressort 10 minutes après, effondrée : elle part pour Fleury-Mérogis. Elle y restera trois mois avec refus de liberté provisoire pour les fêtes de Noël pour « ne pas troubler l’ordre public et rechercher d’éventuels complices ».
Mon tour arrive et après un simulacre de débat contradictoire, nous sommes mis en examen des chefs de : « Publicité mensongère, tromperie, escroqueries, mise en circulation de véhicules munis de fausses plaques, recel de véhicules provenant d’un vol et travail clandestin ».
Madame le Juge ne me parle nullement de l’affaire qui m’amène aujourd’hui devant elle mais de la relaxe que j’ai obtenue au cours de la précédente affaire citée plus haut. Elle fait une affaire personnelle à ce que nous soyons incarcérés car, d’après elle, nous l’avons pris pour une imbécile dans l’affaire précédente. En effet, mon crime était d’avoir ? en l’absence de Monsieur Mota et à sa demande ? effectué la livraison d’un véhicule auprès d’un de ses clients. et d’avoir été invité au restaurant avec ma femme. Sur cette affaire, le Tribunal a rendu une ordonnance de relaxe.
Ma femme et moi-même sommes écroués chacun de notre côté sans que personne ne se soit inquiété de nos deux petites filles livrées à elles-mêmes. Et la Justice parle de protection de l’enfance ...

Notre incarcération ne suffit pas à calmer Madame le Juge.

Notre mise en liberté a été refusée car nous troublons gravement l’ordre public.
La première lettre que m’a adressée ma femme, via le bureau de Madame le Juge, a mis 17 jours à me parvenir.
Quand ma femme est sortie de Fleury après trois mois de détention, il lui a été refusé la possibilité de me rendre de visite pendant la durée de mon séjour.
Les photos reçues et passant par le cabinet du juge étaient détériorées par les agrafes.
Seule l’assistante sociale de la prison de Melun s’est inquiétée du sort de mes enfants et a téléphoné pour me donner des nouvelles.
Au bout de quatre mois d’incarcération, je suis enfin libéré. A ce moment de l’enquête, Madame le Juge, qui ne peut plus ignorer que nous sommes innocents ? nous inflige un contrôle judiciaire digne de truands fichés au grand banditisme une fois par semaine à la brigade territoriale de notre domicile. Comme Madame le Juge et le directeur de l’enquête nous sont particulièrement attachés, nous sommes « invités » à nous présenter tous les lundis à la brigade de recherche chez les gendarmes qui ont mené l’enquête et même mieux dans le bureau du directeur de l’enquête.
Il faut savoir que nous sommes restés six ans sous contrôle judiciaire, d’ailleurs Mme le Juge n’a pas oublié de ce rappelée à nos bons souvenirs, avec l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel qui annule le contrôle judiciaire, elle à joint une ordonnance de maintien sous contrôle judiciaire, dés fois que nous abusions des deux mois de liberté.
Les deux principaux mis en examen ne pointés plus depuis deux ans.

Evidemment ces rencontres fréquentes créent des affinités entre nous et certains gendarmes ; ce n’est pas le directeur de l’enquête qui nous dira le contraire. Au fil des contrôles judiciaires, nous avons appris que le dossier était vide, notre incarcération étant une surévaluation de notre rôle pour faire plaisir à Madame le Juge d’instruction. Avant son départ pour cause de mutation, le directeur de l’enquête nous a dis que Madame le Juge avait des a priori à notre encontre.
Il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour nous apporter son aide : sur sa demande, l’argent saisi à notre domicile ainsi que nos véhicules nous ont été restitués ; il a même rencontré officieusement le Directeur des Ressources Humaines de mon entreprise pour engager sa parole sur notre innocence dans cette affaire, ce qui m’a permis de retrouver mon emploi.

Après un jugement rendu le 24 juillet 2000 j’ai été relaxé et ma femme condamnée à 5000f d’amende, malgré les réquisitions du Procureur qui réclamé 15 mois dont 4 fermes pour moi et 12 mois dont trois fermes pour ma femme comme par hasard, mais avait ?il seulement lu le dossier, M et Mme Mota continuent à vendre des voitures, ma femme a perdu sa société et tous ses investissements puisqu’elle a été fermée par ordre de Madame le Juge ; nos filles ont été gravement traumatisées ; Pour le village où nous habitons, nous restons les escrocs et ce n’est sûrement pas le jugement de relaxe dont j’ai bénéficié, qui changera quelque chose puisque lui n’est pas publié dans le journal local. Dans nos villages les honnêtes gens raisonnent de façon simple (si la justice vous met en prison c’est qu’il y a une raison)

Le journal « la République de Seine et Marne » refuse de faire paraître notre jugement même à nos frais. Mon avocat entame une longue procédure d’indemnisation pour détention abusive, mais une fois que le mal est fait qui cela peut-il bien intéresser.

Notre sort n’intéresse personne, souvent incarcérés sans motif valable nous subissons une peine disproportionnée à la gravité du délit commis.

Veuillez agréer, Messieurs du groupe Mialet, l’assurance de mes salutations distinguées.

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