Groupe Mialet

STEPHANE XXXX
 
   

Mr Mxxxx Stéphane Dim 03 décembre 2000
Ecrou xxxx
Division xxxx Cellule 04
Centre de Détention xxxx



Cher Monsieur,
Je vous remercie de m’avoir adressé par courrier les documents du Groupe Mialet.
Je vous prie de m’excuser de répondre un peu tardivement à votre courrier.
J’ai 33 ans, ma mise sous écrou date de 1994, elle se terminera vers le mois de juin 2001.
Je dois vous dire tout d’abord que je n’ai jamais été un délinquant, les vicissitudes de la vie, ma naïveté, ma faiblesse psychologique dans le contexte de l’époque :seul, sans repère ayant un appartement dans une cité HLM où régnaient en maître les trafiquants de drogue.
En un mot, je n’ai pas compris une situation ou, ayant hébergé un soit disant ami, celui-ci, ayant ramené une fille à mon domicile et l’ayant agressé sexuellement la nuit, cette personne se transformant en un véritable monstre.
Ne pouvant intervenir pour des raisons que je n’arrive pas à comprendre jusqu’à présent, mais dans le passé j’avais été victime d’agressions physiques, j’ai reconnu ma lâcheté au tribunal. Ecoutez, ce jour maudit de l’été 1994, où l’après-midi je me trouvai sur Paris pendant ce temps l’ami et un autre ramenaient à mon domicile la jeune femme, je revenais tard le soir, étant fatigué, j’ai dormi et 48 h plus tard, je me retrouvai enfermé.
Pendant la garde à vue, alors que j’étais sous calmant à effet somnolant la police judiciaire m’a fait avouer n’importe quoi. Ensuite le Juge d’instruction ^prononcé à mon encontre une mise en examen ainsi qu’un mandat de dépôt pour viol en réunion sur personne vulnérable, séquestration et libération avant le 7ième jour.

Primo, bien qu’ayant été un sale lâche, la jeune femme a toujours dit que je ne l’avais pas agressée ni physiquement ni sexuellement.
Secundo, après cinq mois d’enfermement et après avoir eu des actes d’auto mutilation sont venues les confrontations.
Elle a réaffirmé devant la JAP de xxxx que je ne l’avais pas violée et avait clairement désigné son agresseur.
J’ai réussi à obtenir une mise en liberté provisoire de janvier 1995 jusqu’à novembre 1996, date du jugement et du procès devant la Cour d’Assises de xxxx .
Pendant ma période de liberté provisoire je travaillais et répondais aux convocations du tribunal.
Normalement je pense que j’aurais dû être jugé en audience correctionnelle, mais malheureusement j’ai été jugé devant la Cour d’Assises, et comme à cette période les médias relataient beaucoup d’affaires de viol, je pense que cela a influencé les jurés.
J’ai clairement dit à la barre que je n’avais pas participé à l’agression, la victime ne s’étant pas déplacée, elle n’était pas là pour témoigner.
L’avocat de la partie civile réclamait à mon encontre une peine de principe, voyant que j’avais été le dindon de la farce, étant aussi séquestré par un individu armé d’un couteau.
Résultat ! J’ai pris 7 ans d’emprisonnement et l’autre 10 ans. J’ai tout de suite fait un pourvoi en cassation. Pendant que j’étais redevenu simple prévenu, je n’arrêtais pas de solliciter des demandes de liberté provisoire, j’en ai obtenu une après 9 mois de détention, liberté provisoire en attente du jugement de la cour de cassation (7 mois de liberté).
Malheureusement la cour ayant rendu un arrêt défavorable à mon encontre, je reprenais donc le chemin de la détention où je suis encore jusqu’à présent.
J’ai essayé de démarcher la Cour Européenne de Strasbourg mais malheureusement mes démarches sont restées vaines.
Bien que maintenant, devant assumer ma peine, je voudrais parler de l’enfermement, de l’étiquette de pointeur que j’ai subie à Fresnes, alors que je ne suis pas et n’ai jamais été un délinquant sexuel. Dernièrement, les services d’experts psychologiques rattachés au tribunal de xxx préconisaient de m’administrer un traitement chimique.
Encore une fois, je le répète à tous ceux qui sont dans l’appareil de la justice je ne suis pas un délinquant sexuel, ce qui m’est arrivé est accidentel.

Donc l’enfermement, la déshumanisation, le repli sur soi, le monologue permanent établi avec soi-même, plus rien, plus aucune présence féminine, un univers très brutal comme les aiment les magistrats dans notre société Judéo-Chrétienne, où la souffrance endurée dans ce goutte à goutte quotidien sert d’alibi à leur pauvre conscience.
Bien sûr, la sanction doit être en égalité par rapport au délit ou crime commis, finalement, c’est une mort lente, une mort à petit feu, un mouroir.
En ce qui me concerne, seul le sport, la lecture, le travail m’ont permis de ne pas sombrer.
Donc il n’y a rien, moi j’ai tout perdu, ma mère est décédée récemment, je n’avais qu’elle, je ne retournerai plus jamais dans le quartier de malheur où j’ai vécu des années, je vais émigrer dans une ville tranquille où jusqu’à ma mort je me battrai bec et ongle pour avoir une vie sans emmerdeurs, sans personne qui viendra violer votre vie.
Je suis devenu paranoïaque maintenant, je n’attends plus que la liberté, j’ai toujours respecté les lois, je les respecterai encore, quitte à dormir dehors dans un carton et manger de la vache enragée en attendant du travail plutôt que de revenir dans une prison destructrice. Un seul mot compte pour moi en permanence comme un leitmotiv : Plus jamais ca, jamais.
En vous remerciant de m’avoir lu et pourriez-vous, s’il vous plaît, respecter mon anonymat, ah oui, j’ai oublié de vous dire qu’ici à xxx c’est le niveau zéro pour la réinsertion, pour les permissions, pour les mesures d’aménagement des peines, seul quelques privilégiés y ont droit. Je n’en fait pas partie alors que je suis primaire et non-récidiviste.
Merci Stéphane Mxxx

PS Bravo à vous de militer et d’essayer de faire bouger les choses. Moi aussi, je souhaiterais qu’il y ait des prisons avec des peines intelligentes, avec le suivi dès le départ du détenu dans sa peine, avec un contact avec l’extérieur, avec des rencontres avec les parties civiles, avec des contacts humains comme dans les pays nordiques ou canadiens, qu’après avoir purgé les deux tiers de sa peine des mesures plus souples rapprochent de la liberté. Avec un nouvel état d’esprit, une étude du code pénal, du civisme de l’acte de citoyenneté je pense que la personne ne se sentira pas obligée de commettre de nouvelles infractions, plutôt que de nous laisser crever comme des rats entre 4 murs à s’abrutir de télé.
Regardez, je suis à 6 mois de la fin, je désire travailler et refaire ma vie, pour eux, je suis une merde sans intérêt, je suis un mauvais client. Imaginez-vous une société avec des prisons vides ? mais bon sang, il n’y aurait plus de travail pour eux, il n’y aurait plus de détenus pour faire tourner la machine, plus personne pour payer, parce que nous payons tous. Ca leur fournit du travail. Vous m’avez compris, il y a dans ce pays, avec ses procédures judiciaires, inquisitoires à enfermer et punir même les innocents. Et je ne vous ai pas parlé des suicides depuis que je suis ici. C’est le cinquième depuis le début de l’année 2000. En 10 ans il paraît que le nombre de suicides dans les établissements pénitentiaires ont augmenté de 200%

No comment !

Merci de me répondre pour savoir si vous avez bien reçu ma lettre.

Lettre au Groupe Mialet